15 décembre 2011

ACTE 2, Scène 1

La scène est dans le noir total. On entend, en coulisse, la voix de Saint Pierre.
 
SAINT PIERRE
- Au commencement, Dieu dit:
 
DIEU
- Que la lumière soit.
 
SAINT PIERRE
- Et la lumière fût.
 
Mais la lumière tarde à venir.
 
DIEU
- Alors ! Qu'est-ce que vous foutez avec la lumière, bande d'andouilles !
 
L'ouverture du poème symphonique de Richard Strauss "Ainsi parlait Zarathoustra" commence à se faire entendre.
 
DIEU
- Ah ! Enfin !
 
Au fur et à mesure que le volume de la musique augmente, les écrans des douze ordinateurs s'allument. Saint Pierre est cependant plus brillant que les autres.
 
SAINT PIERRE
- Au commencement, l'homme était tout seul,
 
Une lumière éclaire un homme, torse nu, en caleçon, et feuilletant un magazine érotique.
 
SAINT PIERRE
- tout nu, ou presque. Il s'ennuyait,
 
L'homme fait mine d'être lassé par la revue
 
SAINT PIERRE
- et Dieu s'ennuyait de lui,
 
Dieu apparaît sur sa tribune, l'oeil au beurre noir, quelque peu décoiffé, et comme lassé par le comportement si peu créatif de l'homme
 
SAINT PIERRE
- Alors il créa la femme.
 
La femme apparaît vêtue avec raffinement mais de manière à mettre en valeur ses appâts charnels. Elle vient rejoindre l'homme au centre de la scène.
Celui ci s'excite comme un fou en la voyant. Il lui tourne autour, exécute diverses singeries, et pour finir, lui met la main aux fesses et reçoit sa première gifle. Consterné, il se met en colère et commence à la battre. Tout se déroule en silence. La lumière éclairant l'homme et la femme s'éteint sur une scène de combat et Saint Pierre reprend.

SAINT PIERRE
- Ah, c'est évident, l'homme ne s'ennuyait plus. Mais Dieu, lui, se sentait toujours aussi seul dans l'Univers. Le manque d'action lui pesait. Alors, pour se distraire un peu, il créa les voisins.
 
Apparaît, un second couple vêtu pareillement au premier. Assis sur un canapé, Monsieur lit tranquillement un journal de pages blanches, pendant que Madame tricote.
 
SAINT PIERRE
- On ignore encore quelle mouche diabolique piqua le seigneur ce jour là, mais ce qui est certain, c'est que ce fut une catastrophe sans aucun précédent dans l'histoire de l'Univers tout entier. Car l'homme sortit de sa bêtise originelle et prit conscience de son existence.
 
Une lumière éclaire Adam, assis sur le bord de la scène avec une cane à pêche.
 
ADAM
- To be, or not to be ? That is the question.
 
SAINT PIERRE
- Mais surtout, et c'est là le plus grave, sa compagne prit conscience de son existence de femme.
 
Une lumière vient éclairer Eve qui dort allongée sur le sol. Le bureau de Saint pierre s'éteint laissant les deux couples seuls éclairés sur scène.
 
ADAM
- Faut pas pêcher à l'aube de l'Humanité, ça mort que dalle.
 
Eve, qui s'est réveillée, se met soudain à hurler.
 
EVE
- Adam ! Adam !
 
ADAM
- Vingt dieux moins dix-neuf, la v'la qui s'réveille.
 
EVE
- Regarde ça ! (Elle montre le second couple).
 
ADAM
- Ben, je vois rien de spécial.
 
EVE
- Désopilant ! Sac à bêtise encrassé, regarde là ! (Elle saisit la tête de son mari avec ses mains et la pointe en direction de la Comtesse d'Eden).
 
ADAM
- Quoi ?
 
EVE
- Elle !

ADAM
- Hé, c'est vrai. Elle n'est pas mal du tout, not' voisine J'avais jamais remarqué qu'elle était aussi bien roulée. T'as vu ses lolos. Hé ! Hé ! C'et qu'j'lui tat'rais bien l'pis, moi..
 
EVE
- Ce n'est pas là que ça se passe, vicieux ! Regarde au niveau de ses fesses ! Tu ne vois rien ?
 
ADAM
- Ah, si j' vois.
 
EVE
- Ah ! Tout de même.
 
ADAM
- J'vois même très bien. Ah ce cul !
 
EVE
- (Elle pousse un rugissement). Mais c'est pas vrai ! Qui m'a fait un mec pareil ? (Elle roue son mari de coups). Tiens ! Prends ça ! Ca ! Et ça ! Monstre pervers obsédé ! Et maintenant, je vais te montrer ce que tu aurais dû remarquer, chef d'oeuvre de stupidité. Notre chère et non moins détestable voisine, possède mon petit mari, ce qui occupe mes rêves depuis les origines: un somptueux canapé de cuir, confortable et brillant à plaisir.
 
ADAM
- Mais il n'est même pas en cuir.
 
EVE
- Heureusement, parce que celui que tu vas m'offrir le sera.
 
ADAM
- Tu délires.
 
EVE
- (Elle hurle !) Non je ne délire pas ! J'en ai marre de me casser les reins sur le sol nu de l'Univers, si tu veux savoir ! Alors débrouille toi pour me trouver rapidement l'objet de mon incontrôlable désir si tu veux me revoir ! Compris !
 
ADAM
- M'en fous.
 
EVE
- (Elle hurle) Répète moi ça, un peu plus fort. Je n'ai rien entendu !
 
ADAM
- (Il se lève d'un bond) J'y vais, j'y vais chérie. Ne m'frappe pas.
 
Il court en coulisse, et revient avec un canapé lit en cuir.

ADAM
- Ah, j'suis content. J'ai trouvé. J'ai même fait une affaire. Y a le Diable qui ma proposé un rabais contre mon âme. Alors moi j'lui ai dit oui. Et voila, le cadeau pour ma femme il est là. Avec un objet comme c'ui là, je suis sûr que sa tendresse va revenir.

EVE
- Ca vient, oui ? Je m'impatiente.
 
ADAM
- Ca vient, ça vient. Voilà, voilà. (Il lui présente le meuble). Alors contente ?
 
EVE
- Mais c'est merveilleux ce petit bijou là. C'est magnifique. Ce qu'elle va être jalouse.
 
ADAM
- Ah, mais attends. Tu n'as pas encore tout vu. (Il déplie le lit). Double emploi: lit, et canapé.
 
EVE
- Fantastique. Mon chéri tu es adorable. (Elle se pend à son cou).
 
ADAM
- C'est vrai, dis ? C'est vrai?
 
EVE
- Puisque je te le dis, idiot. Embrasse moi.
 
Ils s'embrassent debout.
 
EVE
(à l'adresse de la Comtesse)
- Pétasse !
 
Ils s'embrassent de nouveau, cette fois çi sur le lit.
 
COMTESSE D'EDEN
- Diantre voyez-vous cela ?
 
ADAM
- (Sans relever les yeux de son journal) Plaît-il cher ange ?
 
COMTESSE D'EDEN
- Mais sortez enfin de votre journal, Mac Adam !
 
MAC ADAM
- Ma chère, ne critiquez point cette noble et instructive attitude, certainement plus utile, à mon sens, que celle qui consiste à épier les moindres faits et gestes de nos voisins comme vous le faites.
 
COMTESSE D'EDEN
- Misérable snob que vous êtes. Il n'y a rien dans ce journal. Nous sommes à l'aube de l'humanité, l'écriture n'est même pas inventée.

MAC ADAM
- Qu'importe, je lis pour le principe.
 
COMTESSE D'EDEN
- Je ne vois pas à quoi ce genre de principe peut bien vous servir.
 
MAC ADAM
- Et moi, je me demande comment les comédies ménagères de nos voisins peuvent vous affecter à ce point.
 
COMTESSE D'EDEN
- Vous n'avez donc rien vu ?
 
MAC ADAM
- (Il pose son journal agacé). Vu quoi ?!
 
COMTESSE D'EDEN
- Mais comme cette grosse burlesque, cette banlieusarde attardée du Jardin d'Eden, ose me narguer à présent.
 
MAC ADAM
- (Il reprend son journal) Mais elle ne vous nargue pas, allons, vous vous faites des idées.
 
COMTESSE D'EDEN
- Pensez donc, elle m'a même insultée.
 
MAC ADAM
- Commérage ! Moi, je n'ai rien entendu.
 
COMTESSE D'EDEN
- Moi, si. Elle m'a traitée de pétasse, vous rendez-vous compte ? Ce n'est pas une insulte ça.
 
MAC ADAM
(comme à lui même)
- Non. C'est une réalité.
 
COMTESSE D'EDEN
- Le mufle. C'est tout ce que vous trouvez à dire ! J'enrage !
 
Court silence pendant lequel la Comtesse trépigne.
 
MAC ADAM
- (Reposant son journal) Bon, que vous manque-t-il pour être heureuse ?
 
COMTESSE D'EDEN
- Un lit, un grand lit à baldaquins.
 
MAC ADAM
- Vous plaisantez j'espère.
 
COMTESSE D'EDEN
- La Comtesse d'Eden ne plaisante jamais.
 
MAC ADAM
- (A lui même). C'est bien dommage. (A son épouse) Il n'est pas question de satisfaire ce nouveau caprice. C'est bien trop cher. On ne dilapide pas comme cela l'argent de Jéhovah.
 
COMTESSE D'EDEN
-.S'il te plaît.
 
MAC ADAM
- Non !
 
COMTESSE D'EDEN
-.Allez quoi, ce n'est pas grand chose. (Elle se frotte sensuellement à son mari) Allez mon petit minou.
 
MAC ADAM
- Non ! Et je ne suis pas votre petit minou !
 
COMTESSE D'EDEN
-.(Elle monte sur lui) Allez mon gros joujou.
 
MAC ADAM
- Et je suis encore moins votre joujou. (Elle l'embrasse). Mais... Veuillez... Mm... (Il se décontracte progressivement).
 
COMTESSE D'EDEN
-.Alors ?
 
MAC ADAM
- Je... Non.
 
Elle se jette à nouveau sur lui et l'embrasse furieusement.
 
COMTESSE D'EDEN
- Alors ?
 
MAC ADAM
- Je... Je crois que je vais envisager la situation.
 
COMTESSE D'EDEN
- Alors va, mon amour (Elle le libère). Va.
 
MAC ADAM
- Ah, quelle folie, mais que ne ferais-je pas pour tes beaux yeux.
 
Il sort et revient avec un lit à baldaquin.
 
MAC ADAM
- Etes-vous comblée, ô mon sublissime nénuphar tout couvert de rosée.
COMTESSE D'EDEN
- O combien je le suis. (Elle l'embrasse sur le front). Maintenant, rien ni personne ne pourra plus faire obstacle à notre amour.
 
MAC ADAM
- Et ma petite récompense ?
 
 
COMTESSE D'EDEN
- Vous aurez tout ce que vous désirez, et plus encore.
 
Ils s'embrassent sur le lit.
 
MAC ADAM
- Comtesse, je vous aime.
 
COMTESSE D'EDEN
- Ne dites pas de sottises et tirez les rideaux.
 
Il tire les rideaux.
 
EVE
- (Ils sont en train de s'embrasser). Adam ! Arrête ! Adam ! Non mais regarde-moi ça, elle a un lit à baldaquins maintenant.
 
MAC ADAM
- Mais on s’en fout, vient (Il l’attire à lui).
 
EVE
- Lâche moi, cochon ! Non, je ne m’en fous pas ! C’est intolérable !
 
MAC ADAM
- Mais t’as ton canapé lit. Qu’est ce que tu veux d’autre ?
 
EVE
- Je veux être la plus belle ! Je veux être la plus forte ! Je veux être la plus riche ! Je veux écraser cette salope !
 
ADAM
- Ben on est mal barré.
 
La Comtesse roucoule derrière les rideaux de son lit
 
EVE
- Non mais écoute là. Quelle débauche ! Entends là roucouler sous ses draps cette bourgeoise dégoûtante. Et son mari qui s’imagine que c’est de l'amour. S’il savait, le pauvre mec, qu’il n’y a que sa position qui l'intéresse.
 
ADAM
- Sa position. Ah ouais, laisse moi voir. (Il regarde avec des jumelles) Le missionnaire, j’en étais sûr.
Elle lui flanque une baffe terrible.
 
ADAM
- Mais qu’est ce que j’ai dis ?
 
EVE
- Vengeance ! Vengeance !
 
ADAM
- (Il se protège la figure) Pitié pas moi.
 
EVE
- (Voix mielleuse). Dis-moi, mon chéri ?
 
ADAM
- Mm ?
 
EVE
- Tu m'aimes ?
 
ADAM
- Oh oui. Tu ne peux pas t'imaginer à quel point.
 
EVE
- Justement, comme je n'ai pas beaucoup d'imagination, j'aimerais que tu me prouves d'une façon plus évidente, cet amour que tu prétends si grand à mon égard.
 
ADAM
- Oh oui ! Oui ! Où tu veux. Quand tu veux.
 
EVE
- On est d'accord. Alors, remue un peu ce qui remplit ton caleçon et rapporte-moi une cuisinière à gaz.
 
ADAM
- Quoi, une cuisinière à gaz ?
 
EVE
- Oui, parfaitement, une cuisinière à gaz.
 
ADAM
- Mais on n’a pas le gaz .
 
EVE
- C’est pas grave, on l’aura bien un jour.
 
ADAM
- Mais...
 
EVE
- Il n'y a pas de mais, et en triple vitesse ou je casse tout, et toi le premier.
 
ADAM
- J'y vais chérie. Pitié, ne casse rien. J'y vais. (Adam revient avec la cuisinière).
 
COMTESSE D'EDEN
- (Sa tête émerge des rideaux) Mac Adam ! (Elle est bousculée, sa tête disparaît des rideaux) Mac Adam ! Veuillez cesser. (Un temps) Mais cessez donc ! (On entend le bruit d'une gifle faisant tomber du lit Mac Adam).
 
MAC ADAM
- Elle a osé. Elle m'a frappé.
 
COMTESSE D'EDEN
- Mac Adam, je veux une cuisinière électrique.
 
MAC ADAM
- Et puis quoi encore.
 
COMTESSE D'EDEN
- Je veux une cuisinière électrique. Tu m'entends ? Tout de suite. Je veux une cuisinière électrique ou j'arrache tout. (Elle commence à déchirer les rideaux).
 
MAC ADAM
- D'accord, d'accord. On se calme, tu vas l'avoir ta petite cuisinière électrique. (Il revient en courant avec la cuisinière)
 
A partir de cet instant, les ordres s'accélèrent, tandis que les hommes courent de tous côtés pour satisfaire les désirs de leurs femmes.
 
EVE
- Adam, je veux un four !
 
COMTESSE D'EDEN
- Moi un four à chaleur tournante !
 
EVE
- Un four à micro ondes !
 
COMTESSE D'EDEN
- Un évier !
 
EVE
- Un lave-vaisselle !
 
COMTESSE D'EDEN
- Un lave-linge !
 
EVE
- Du linge !
 
 
COMTESSE D'EDEN
- De la vaisselle !
 
EVE
- La télévision !
 
COMTESSE D'EDEN
 
- La vidéo !
 
EVE
- L'électricité
 
COMTESSE D'EDEN
- Le gaz
 
EVE
- L'eau courante !
 
COMTESSE D'EDEN
- Le bonheur !
 
EVE
- Le savoir !
 
COMTESSE D'EDEN
- Le pouvoir !
 
EVE
- L'amour !
 
COMTESSE D'EDEN
- Un bébé !
 
EVE
- Deux bébés !
 
COMTESSE D'EDEN
- Quatre bébés !
 
EVE
- Huit bébés !
 
COMTESSE D'EDEN
- Seize bébés !
 
Elle se mettent à se balancer les bébés tout en jurant. Les deux hommes s’arrêtent, vont à la rencontre l’un de l’autre, se serrent la main et sortent ensemble en discutant comme deux vieux amis.
 
 
EVE
- Rapace !
 
COMTESSE D’EDEN
- Rascasse !
 
EVE
- Bécasse !
 
COMTESSE D’EDEN
- Limace !
 
EVE
- Laidasse !
 
 
COMTESSE D’EDEN
- Godasse !
 
EVE
- Grognasse !
 
COMTESSE D'EDEN
- Ragougnasse !
 
EVE
- Culasse !
 
COMTESSE D’EDEN
- Populace !
 
EVE
- Pétasse !
 
COMTESSE D’EDEN
- Putasse !
 
EVE
- Potasse !
 
SAINT PIERRRE
- Coupez !
 
Les deux femmes cessent soudainement d'être éclairées et disparaissent. Dans un silence général, un faisceau lumineux balaye la scène, s'arrêtant sur chaque objet abandonné. Au bout de quelques instants, le faisceau s'éteint et le tribunal est à nouveau éclairé.

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