15 décembre 2011

ACTE 3, Scène 4

 DIEU
- Lucifer, je te présente le Tétraêtre !
 
LUCIE FER
- C'est quoi cette bestiole ? Tu te lances dans l'art moderne maintenant ?
 
DIEU
- Restons calme. Surtout restons calme. Ceci, mademoiselle l'ignare des profondeurs, est la plus grande oeuvre qui n'ait jamais été donnée à Dieu de réaliser. Ceci, ma chère Lucifer, c’est l'être parfait.
 
LUCIE FER
- Rien que ça.
 
DIEU
- Au premier abord, ce n'est qu'un gros tétraèdre, mais c'est déjà le premier, le plus simple, et le plus régulier volume de l'espace.
 
LUCIE FER
- Ah bon.
 
DIEU
- Mais ceci est beaucoup plus qu'un polyèdre.
 
LUCIE FER
- Tiens donc.
 
DIEU
- Car ceci, pense.
 
LUCIE FER
- (Elle éclate de rire) Tu me fais bien rigoler. Soit tu délires, soit tu veux me faire marcher. Je ne suis peut-être qu'une pauvre diablesse, mais je ne suis pas idiote. Comment veux tu qu'un vulgaire morceau de diamant taillé puisse être doué de l'intelligence. C'est absurde.
 
LE TETRAETRE
- Ce n'est pas si absurde que cela.
 
LUCIE FER
- Mais... C'est... C'est le caillou qui vient de parler ?
 
LE TETRAETRE
- Parfaitement. Et veuillez avoir un peu plus d'égards pour ma personne. Je suis plus qu'un simple caillou tout de même.
 
LUCIE FER
- (A Dieu) Allez. C'est une blague. Il y a un truc. Hein ? Tu as planqué quelqu'un à l'intérieur, dis ?
DIEU
- Absolument pas. Et tu sais bien que j'ai licencié tout le monde. Il ne reste plus que nous deux... Heu, je veux dire nous trois.
 
Lucie Fer soulève le Tétraêtre, et le touche un peu partout.
 
LUCIE FER
- Ca c'est ce que tu dis, mais je suis sûr qu'il y a quelqu'un dedans. Il doit y avoir une trappe quelque part.
 
Lucie Fer ne trouve rien.
 
LUCIE FER
- Ben mince alors. C'est diabolique.
 
DIEU
- Je n'irai pas jusque là, mais c'est vrai que c'est assez génial. Je ne suis pas peu fier.
 
LUCIE FER
- Là, pour une fois tu m'épates. Ca n'a l'air de rien, comme ça mais... (Elle tapote une face du Tétraêtre)
 
LE TETRAETRE
- Cessez de me tripoter avec vos mains sales ! Vous perturbez les liaisons atomiques de mes mailles élémentaires.
 
LUCIE FER
- Oh ! Pardon. J'ignorais que môssieur était sensible par dessus le marché.
 
DIEU
- Et oui, ma chère Lucifer, cela t'étonne qu'un cristal comme celui-ci, apparemment inanimé, puisse être pourvu d'une certaine sensibilité tactile. Mais tu n'as pas fini d'être surprise. Par exemple, sais-tu que ce n'est pas une entité simple ?
 
LUCIE FER
- Que vas-tu encore me sortir ?
 
DIEU
- C'est, en fait, une entité complexe, constituée d'une quantité phénoménale, mais bien déterminée, d'êtres pensants, correspondant chacun à une maille du cristal. Le tout compose un ensemble d'intelligences organisées et hiérarchisées de façon à produire une pensée finale absolue. De plus, ce cristal est structuré de manière démocratique. En effet, si le sommet du Tétraêtre représente la maille dominante, et la base, l'ensemble des mailles dominées, il suffit de faire reposer le Tétraêtre sur une autre face pour que ce qui dominait devienne dominé, et que ce qui était dominé devienne dominant. Tu suis ?
 
LUCIE FER
- Oui. Oui. Domina, dominum est.

DIEU
- Si tu veux, je peux recommencer mes explications.
 
LUCIE FER
- Non. Non. Ca va. Tu me passionnes. Continue.
 
DIEU
- Bien. Mais ce qui fait de cette créature la plus parfaite de toutes, est son extraordinaire faculté à se dégager enfin complètement des servitudes de la nécessité. Sa seule fonction est la pensée. En effet, comme tout être minéral, elle ne vit ni ne meurt, et par conséquent, boire, manger, bouger, se reproduire ne lui sont absolument d'aucune utilité pour assurer son existence.
 
LUCIE FER
- Et d'où vient son énergie ? Pour penser, il lui faut bien dépenser de l'énergie.
 
DIEU
- Oui, mais si peu que la lumière des étoiles suffira amplement. Tu vois, j'ai pensé à tout.
 
LUCIE FER
- Je vois. (En aparté) Mais, moi, son tétramachin commence à me faire peur.
 
DIEU
- Pour résumer, tu as devant toi l'esprit le plus pur et l'intelligence la plus fine, sous une forme inerte, inaltérable et surtout, incorruptible.
 
LUCIE FER
- La vache !
 
DIEU
- Je t'en prie.
 
LUCIE FER
- En es-tu sûr ?
 
DIEU
- Parfaitement.
 
LUCIE FER
- C'est ce qu'on va voir. Tu me laisses faire un petit contrôle technique de ton tétramachin. (Au Tétraètre) Connais-tu les 7 péchés capitaux mon petits ?
 
LE TETRAETRE
- Bien entendu.
 
LUCIE FER
- Bien. Alors tu ne vois pas d'inconvénient à ce que nous fassions une petite révision ?
 
LE TETRAETRE
- Je suis prêt
 
LUCIE FER
- Pour commencer: La Paresse ! (Lucie Fer enlève sa chaussure). Tu la vois ma chaussure. Parfait Alors maintenant: va chercher ! (Elle lance la chaussure). Allez, j'attends. Va chercher, j'ai dit ! Alors qu'est ce que tu attends ? Tu vas aller me la chercher cette savate ?!
 
LE TETRAETRE
- Non.
 
LUCIE FER
- Non ! Voilà. Un à zéro pour moi. Je le savais, tu es un gros fainéant. Ça se voit du premier coup d'oeil. La manière pyramidale que tu as de te tenir: genre gros pacha qui attend qu'on lui fourre les bonbons dans le bec.
 
LE TETRAETRE
- Non. D'abord, ce n'est pas demandé très gentiment et d'autre part cette opération de récupération n'a aucun intérêt pour moi.
 
LUCIE FER
- Ah là, je vois une faille ! Ne faire que ce qui nous intéresse, n'est il pas une forme de paresse ?
 
LE TETRAETRE
- Non. Simple logique de gestion d'énergie.
 
LUCIE FER
- MOuais. Bon ok ! Je vais t'accorder une autre chance. Un truc simple: voyons.... Oui c'est ça... Tu vas me compter toutes les étoiles de l'univers.
 
LE TETRAETRE
- Cent quatre vingt neuf mille deux cent quarante milliards puissance un milliard huit cent mille sans compter les naines rouges et les trous noirs.
 
LUCIE FER
- Et c'est tout. C'est déjà fini ? C'est une estimation ou un compte précis ?
 
LE TETRAETRE
- Un compte précis à l'instant ? Je peux les recompter, si vous voulez, le résultat change à chaque seconde.
 
LUCIE FER
- Non c'est bon. J'en ai assez. T'as gagné. On va passer au péché suivant: l'Orgueil ! Une question classique. Es tu intelligent ?
 
LE TETRAETRE
- Assurément.
 
LUCIE FER
- Es tu l'être le plus intelligent de l'Univers ?
 
LE TETRAETRE
- Certainement.

LUCIE FER
- Orgueil ! Orgueil que voici ! En disant cela, tu te prétends au-dessus de dieu lui même. Te rends tu compte ? C'est limite blasphématoire. En d'autre temps, on t'aurait brûlé pour moins que ça. Tu es vraiment l'être le plus orgueilleux que j'ai jamais vu. Tu as perdu ! Quand même, Jéhovah, tu entends ça: l'être le plus intelligent de l'Univers. J'aurais tout entendu.
 
LE TETRAETRE
- Non. Simple réponse logique. Je suis le dernier être pensant de l'univers. C'est plutôt facile.
 
LUCIE FER
- Et que faites vous de Dieu.
 
LE TETRAETRE
- Dieu est le créateur de l'Univers. Il est la force ultime qui fait et défait. Il est le tout dont je fais parti, mais il n'est pas un élément.
 
LUCIE FER
- Soit. Argument imparable. Tu as gagné. Et ça commence à m'énerver. Passons au troisième péché ! La gourmandise ! Là, je gagne à tous les coups. (Elle sort une pomme de sa poche) Tu as vu ça joli Tétraêtre. C'est le fruit défendu. Tu ne trouves pas qu'il a l'air appétissant.
 
LE TETRAETRE
- Non.
 
LUCIE FER
- Non ?
 
LE TETRAETRE
- Non.
 
LUCIE FER
- Tu ne sais pas ce que tu perds. Tu verras, quand tu auras mordu la dedans, tu découvrira un tas de choses. Tu seras extralucide.
 
LE TETRAETRE
- Je suis déjà extralucide.
 
LUCIE FER
- Ben c'est bien ma veine. Tu ne veux vraiment pas de ma pomme ?
 
LE TETRAETRE
- Non.
 
LUCIE FER
- Non ? Vraiment.
 
LE TETRAETRE
- Non. Je n'en ai que faire. Combien de fois devrais-je le répéter ?


LUCIE FER
- Allez mange. Tu vas voir comme c'est bon de pêcher un peu (Elle plaque la pomme contre une face du Tétraêtre) Saloperie, bouffe ! Je vais t'en faire avaler du vice, moi, tu vas voir (Elle tente de presser la pomme sur le sommet du Tétraêtre) Mais tu vas la bouffer cette pomme, Nom de Dieu (Elle trépigne)
 
LE TETRAETRE
- Mais arrêtez la, Seigneur ! Elle est en train de me souiller.
 
DIEU
- Lucifer. Arrête. Tous tes efforts sont vains. Tu te ridiculises à t'entêter comme ça.
 
LUCIE FER
- Non ! ce n'est pas possible. Je n'abandonnerai pas ! Quatrième péché capital: la Luxure ! Là, je suis imbattable ! (Elle enlève sa robe et son tablier et se retrouve en dessous sexy de couleur rouge).
 
DIEU
- Seigneur, elle va remettre ça
 
LUCIE FER
- Alors mon chou, comment me trouves tu ? C'est ce qui se fait de mieux sur le marché de la luxure ? (Elle commence à caresser le Tétraêtre puis à se frotter dessus) Jambes qui n'en finissent pas. Seins à damner les saints. Cul de rêve à la brésilienne. Peau perpétuellement ambrée; spécialement dorée au four. Tempérament volcanique... Bref, je suis là bombe ultime. La chienne qui réalisera tous tes fantasmes... Vas y . Laisse toi aller. Ordonne et j'obéirai...
 
LE TETRAETRE
- Alors dégage !
 
LUCIE FER
- Quoi ? Tu sais à qui tu parles, là ! Je suis Asmodée, la reine de la luxure, le fantasme de la création, la lubrique des lubriques... et je te laisse de marbre ?
 
LE TETRAETRE
- Non. Pas tout à fait. Vos singeries m'agacent.
 
LUCIE FER
- Ca, ça casse la libido (elle se relève). Bon. Ok ! Encore un point pour toi. Passons à autre chose: l'Avarice ! Bouge pas, je reviens ? (elle part en coulisse)
 
DIEU
- Elle est teigneuse hein ?
 
LE TETRAETRE
- Oui. Vivement qu'on en finisse et qu'elle se rende à l'évidence.
 
Lucie Fer revient avec un diable chargé de lingots d'or.
 
LUCIE FER
- Voilà. Je te fais une proposition: tous ces lingots d'or et tu disparais de mon éternité à tout jamais.

LE TETRAETRE
- Mais que voulez vous que j'en fasse ? L'or, l'argent, tout cela n'a plus aucun sens lorsqu'on est seul dans l'univers.
 
LUCIE FER
- Oui. C'est juste. L'avarice est un péché obsolète. J'aurais du y penser et le remplacer par un autre. Tant pis. Aller, garde tout quand même. Sixième péché capital: la Colère. Tu veux que je te dise espèce de tétrachic ? T'es qu'un pauvre tocard? Une brêle ! Une limace !
 
 
LE TETRAETRE
- Même pas mal !
 
LUCIE FER
- Un objet de foire ! Un bric à brac ! Un machin !
 
LE TETRAETRE
- Même pas mal !
 
LUCIE FER
- Une merde ! Une crotte ! Un excrément !
 
LE TETRAETRE
- Très drôle !
 
LUCIE FER
- Ouais, et ben toi, t'es vraiment pas drôle ! Mais c'est pas vrai ! Y'a rien qui t'énerve ! Et si je te pisse dessus ! (elle passe derrière le Tétraêtre)
 
LE TETRAETRE
- (Calmement) Vous êtes immonde et pitoyable.
 
LUCIE FER
- (Elle ressort de l'arrière du Tétraêtre avec une masse) Et si je te casse la gueule, tu me trouves toujours aussi conne ! (elle commence à taper dessus) Je vais te refaire le portrait moi ! Je vais te la faire passer ta zen attitude ! Quand tu ne seras qu'un tas informe de gravas, je te ratisserai comme le gravier d'un temple japonais !
 
Elle tape tant et plus mais rien ne bouge. Elle finit par s'arrêter, épuisée, puis elle s'assoie adossée au Tétraêtre.
 
LUCIE FER
- J'abandonne.
 
DIEU
- Et l'envie, la dernière tentation ?
 
LUCIE FER
- C'est inutile. Je ne me fais pas d'illusion. Il a gagné. Vous avez gagné. (Silence) Mais que vais-je devenir ?
DIEU
- Prends un peu de repos.
 
LUCIE FER
- Je ne peux pas. Je ne pourrais pas. Je suis un esprit agité. Si je ne m'agite pas, j'explose ! Aimerais tu voir des morceaux de Lucie Fer éparpillés aux quatre coins de l'Univers ?
 
DIEU
- Allons. Calme toi, tu exagères.
 
LUCIE FER
- Non. Je n'exagère pas ! Ta nouvelle excentricité va encore nous mener à la catastrophe ! Je te préviens, Jéhovah, c'est le tétraêtre ou moi !
 
Le Tétraêtre se met soudain à bourdonner.
 
LUCIE FER
- Qu'a-t-il encore, celui là ?
 
DIEU
- Chut ! Calme toi Lucifer. Assis-toi par terre et écoute. Le Tétraêtre va donner sa première conférence à ses mailles élémentaires. Ecoute.
 
LUCIE FER
- Je refuse
 
DIEU
- Comme tu voudras.
 
Dieu s'allonge sur le ventre, pour écouter le Tétraêtre.
 
DIEU
- Captivant, ne trouves-tu pas. L'Esprit à l'état pur. La science sans ses déviances. La philosophie sans ses utopies. La vie sans la mort. Quel repos. Plus de souci. Plus d'angoisse. Plus de risque d'apocalypse. Enfin les vacances.
 
LUCIE FER
- (Peu convaincue) Comme tout cela est follement excitant.
 
 
Rideau

 

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