15 décembre 2011

ACTE 3, Scène 2

LUCIE FER
- Gné ?! (Elle s'empare d'un trident) Enfer et damnation ! Suprême malédiction ! (Elle se dirige vers l'entrée du théâtre) Qui va là, ici bas ?
 
DIEU
- (Il chuchote) C'est moi.
 
Lucie Fer
- Qui ça, moi ?
 
DIEU
- Et bien, moi.
 
LUCIE FER
- Mais qui moi ? Ca peut être n'importe qui.
 
DIEU
- Tu ne reconnais pas ma voix .
 
LUCIE FER
- Non ? C'est toi Jéhovah ! (Elle ouvre)
 
DIEU
- Chut. Pas si haut. (Il entre dissimulé sous une cape et portant une lanterne) Je suis venu incognito.
 
LUCIE FER
- Oh ! Oh ! Et dans quel but descends-tu aussi tôt ? Tu veux m’inviter au resto.
 
DIEU
- Au resto. Avec toi ! Mais tu n’y penses pas. Que diraient les anges ? Non, non, ce n’est pas pour ce genre de délicatesse.
 
LUCIE FER
- Ah bon. Alors, pourquoi viens-tu me déranger en plein travail ?
 
DIEU
- Je voulais savoir si tu avais déjà commencé à griller tout le monde.
 
LUCIE FER
- Ah ! Hé ! Oh ! Faudrait savoir ce que tu veux à la fin. Je les fais rôtir, oui ou non ?
 
DIEU
- Oui... Mais peut-être pas tout de suite. Je me demande si...
 
Lucie Fer
- Si quoi ?
 
 
DIEU
- Oh rien.
 
LUCIE FER
- Si. Il y a quelque chose. Dis-moi ? Aurais-tu des remords ? Des doutes ?
 
Dieu ne répond pas et baisse la tête.
 
LUCIE FER
- Non ? C'est pas vrai.
 
DIEU
- Crois-tu que nous pourrions en sauver quelques unes ?
 
LUCIE FER
- Foi de Lucie Fer, ce n'est pas impossible, mais cela me surprendrait. J'ai le coup d'oeil, crois-moi. Cela fait une éternité que j'exerce le métier de diable, et je n'ai jamais vu pareil ramassis d'âmes fétides.
 
DIEU
- A ce point. Parole ?
 
LUCIE FER
- Parole. Enfin pour ce que ça vaut une parole de diable. Mais tu peux toujours faire le tour des âmes damnées du quartier si ça te chante. Vas y ! Fais comme chez toi !
 
DIEU
- Merci.
 
Lucie Fer débouche la bouteille de vin apportée à la scène II et remplit son verre. Pendant ce temps Dieu arpente les gradins, auscultant à la manière d'un médecin quelques spectateurs choisis au hasard (l'acteur devra improviser) Après chaque auscultation, Dieu manifeste un dégoût évident qui va en s'amplifiant. Finalement, il renonce, prend un air abattu et regagne la scène où Lucie Fer l'attend assise sur un tonneau, en fumant calmement un gros cigare et en trempant ses lèvres dans le verre de vin de messe.
 
LUCIE FER
- Alors ?
 
DIEU
- Un whisky de messe bien tassé.
 
LUCIE FER
- Avec ou sans eau bénite ?
 
DIEU
- Sans. Je suis à la diète.
 
LUCIE FER
- C'est parti.
 
Lucie Fer verse le whisky dans un verre, tandis que Dieu prend place autour du tonneau, sur un tabouret. Dieu boit quelques gorgées puis Lucie Fer l'interrompt.
 
 
LUCIE FER
- Et bien ?
 
DIEU
- Excellent.
 
LUCIE FER
- Excellent ?!
 
DIEU
- Oui, il est excellent ton whisky.
 
LUCIE FER
- Je te remercie, mais... mais que fais-tu ?
 
Dieu prend un cigare dans la boite que Lucie Fer a laissé traîner sur la table.
 
DIEU
- Je t'emprunte un cigare. Tu permets ? Pourrais-tu me donner du feu, s'il te plaît ?
 
LUCIE FER
- Du feu ? Ma foi oui, je crois que c'est dans mes cordes. (Lucie Fer enlève son casque et tend à Dieu l'extrémité équipée d'une lampe à acétylène) Voilà.
 
DIEU
- Merci.
 
Un court silence s'installe dans la salle, Lucie Fer, atterré, regarde tour à tour, dieu en train de fumer et de boire, et le public.
 
LUCIE FER
(au public)
- Dieu est un fumeur de havanes. On aura tout vu.
 
DIEU
- Comme c'est bon.
 
Court silence.
 
LUCIE FER
- Alors ?
 
Court silence.
 
DIEU
- Alors, tu avais raison. C'est dégouttant, immonde, affreux, horrible, monstrueux, terrifiant, effroyable, catastrophique, épouvantable, ignoble, abominable, infernal, démoniaque, diabolique, satanique...
 
LUCIE FER
- Ben, mon vieux, je ne t'ai jamais vu dans un état pareil. Tu dois être vraiment bouleversé mon pauvre Jéhovah, pour déblatérer tant de grossièretés.
 
DIEU
- Que pourrait-il m'arriver de pire ? Dis-moi ?
 
LUCIE FER
- Allons, tu dramatises.
 
DIEU
- Mais enfin, rends-toi compte ! Rien ! Il ne me reste rien ! Parmi toutes ces âmes imbibées de crasse je n'ai pu trouver un seul saint. (Un temps) Et maintenant je reste seul. Abandonné.
 
LUCIE FER
- Allons, je suis là moi.
 
DIEU
- Il n'y a même plus personne pour croire en moi. (Un temps) Suis-je encore celui que je prétends être?
 
LUCIE FER
- Mon gars, je crois que tu as besoin d'au moins un demi-siècle de vacances. Tiens ! Pourquoi n'irais-tu pas à la pêche aux pulsars, ou à la chasse aux neutrinos, dans une galaxie déserte de l'Univers ? Ça te changerait les idées.
 
DIEU
- Ah, si cela ne tenait qu'à moi, je n'hésiterais pas.
 
LUCIE FER
- Et bien, pars donc prendre l'air. En attendant, je te remplace.
 
DIEU
- Non, c'est gentil de ta part. Mais je ne peux pas te faire confiance.
 
LUCIE FER
- Comment ? Depuis le temps qu'on se connaît.
 
DIEU
- Justement.
 
LUCIE FER
- Mais je suis l'innocence même.
 
DIEU
- L'innocence même ? Mon oeil. En apparence peut être, mais dès que j'ai le dos tourné, tu en profites pour faire des bêtises.
 
LUCIE FER
- Oh ! Quelle mauvaise foi.
 
DIEU
- Ah, oui ?. Prenons l'homme par exemple. Je suis persuadé, qu'au fond, ce n'était pas une mauvaise invention, si tu ne l'avais pas diaboliquement perverti.
 
LUCIE FER
- D'abord, ce n'est pas l'homme que j'ai perverti, mais sa femme.
 
DIEU
- Ne commence pas à jouer sur les mots.
 
LUCIE FER
- Si le Diable n'a plus le droit de jouer avec les maux, où allons-nous?
 
DIEU
- Ne me fais pas croire que tu n'a aucune responsabilité dans l'apocalypse.
 
LUCIE FER
- Aucune preuve ! (En aparté) Du travail de pro.
 
DIEU
- Ouais, tu fais toujours bien les choses. On n'y voit que du feu. (Il boit une gorgée de whisky)
 
LUCIE FER
- (En aparté) Hé ! Hé ! Hé ! Je ne suis pas le Diable pour rien.
 
DIEU
Pourquoi leur as-tu donné autant de pétrole ?
 
LUCIE FER
Ben, c'est bien toi qui m'a dit de faire le plein ? Et puis c'est quoi le problème ?
 
DIEU
Il sont devenu complètement acro. De l'héroïne pure dans le sang de leur économie. Ils ne se sont même pas rendus compte de leur niveau de dépendance. De vrai camés. Quand la ressource est venue à manquer. Ils ont paniqué.
 
LUCIE FER
Il leur fallait une bonne cure de désintoxication.
 
DIEU
Oui, mais il n'en ont pas eu le temps. Quand ils se sont rendus compte qu'ils avaient tout bousillé autour d'eux dans l'euphorie petronarcotique générale, ils ont sombré dans la déprime.
 
LUCIE FER
Et poum ! Une balle dans la tête ! Suicide général ! Ouaa ! J'imagine le feu d'artifice ! Toutes ces bombes nucléaires qui explosent en même temps ! La terre qui éclate ! Mars qui part en miette et Vénus qui fond ! Ce pied !
 
DIEU
- Le pied... C'est ça oui ... Tu es vraiment une ordure, c'est pas possible ! Et d'ailleurs, que faisais-tu le soir de la fin du monde ?
 
LUCIE FER
- Ola, ça ne va pas recommencer, hein ? L'inquisition, c'est terminé.
 
DIEU
- Réponds moi, Lucifer.
 
LUCIE FER
- Je faisais mon travail, comme d'habitude.
 
DIEU
- Comme d'habitude ?
 
LUCIE FER
- Comme d’habitude. Pas plus, pas moins.
 
DIEU
- Je m'en doutais. C'est bien ce que je pensais. Traîtresse !
 
LUCIE FER
- Ah ! Écoute; tu connais ma nature depuis des lustres. Tu sais bien que, pour moi, la trahison est un art de vivre. Alors ne me fais pas de faux procès, s'il te plaît.
 
DIEU
- Tu as raison. Tout ça est de ma faute. J'aurais dû te surveiller plus attentivement.
 
LUCIE FER
- Bah. Tu sais bien que je t’échapperai toujours.
 
DIEU
- Hélas. (Il boit une gorgée)
 
LUCIE FER
- Et maintenant que proposes-tu ? On ne va pas rester là, à se bourrer la pipe sans rien faire, jusqu'à la fin des temps, tout de même.
 
DIEU
- Je ne sais pas ? Je suis perplexe. Faut-il que je refasse le monde ? Et le puis-je encore ? La seule planète de l'Univers propice à la vie n'est plus qu'un halo de météorites poussiéreuses déambulant quelque part autour du soleil.
 
LUCIE FER
- Mais il ne tient qu'à toi de reconstruire la terre et de recréer la vie ! Aux dernières nouvelles tu es toujours le créateur de toute chose en ce monde. Non ?
 
DIEU
- Le créateur ! Ne m'en parle pas. Je suis complètement à court d'inspiration. Si je tente à nouveau l'expérience de l'intelligence humaine, je risque d'aboutir une fois de plus au désastre.
 
LUCIE FER
- Qui te le dit ? Si je n'y touche pas, peut-être que ça marchera.
 
DIEU
- Si tu n'y touches pas ?! Il faudrait, pour commencer, que tu puisses tenir une promesse.
 
LUCIE FER
- J'essayerai.
 
DIEU
- Non. Je ne peux pas prendre ce risque. De toute façon, même sans tes exactions, ce serait une catastrophe.
 
LUCIE FER
- Pourquoi dis-tu ça ?
 
DIEU
- Parce que l'intelligence humaine est d'un principe organique, et par conséquent, elle ne peut s'épanouir que libérée de la servitude de la nécessité.
 
LUCIE FER
- Et alors ?
 
DIEU
- Cela implique une inévitable domination du milieu environnant. Pire encore, c'est dans cette lutte même, contre la nature, que l'intelligence humaine trouve son fondement. Recréer ce type d'intelligence ferait courir un trop grave danger à l'équilibre du vivant.
 
LUCIE FER
- Pas forcement. Peut être qu'une certaine harmonie aurait pu être trouvée en fin de compte. S'il n'y avait pas eu l'apocalypse, qui sait ?
DIEU
- Non, l'intelligence et la nature sont décidément deux principes qui s'opposent. La fin du monde était inéluctable, dès que l'intelligence s'est mise à dominer. Souviens-toi, nous avions frôlé la catastrophe avec les dinosaures pour des raisons analogues. Il a fallu que j'intervienne avant qu'il ne soit trop tard.
 
LUCIE FER
- Je me souviens effectivement. Alors, que faire ?
 
DIEU
- Je n'en ai pas la moindre idée ? Aide-moi.
 
LUCIE FER
- Je veux bien. Mais moi, tu sais, pour détruire je suis très forte; pour construire je suis moins douée.
 
DIEU
- Inverse ta manière de penser.
 
LUCIE FER
- Mouais, je vais essayer, mais je ne garantis rien.
 
Court silence.
 
LUCIE FER
- Renonce à l'intelligence. C'est tout simple. Plus d'intelligence, plus de problème.
 
DIEU
- Tu appelles ça une pensée constructive, toi.
 
LUCIE FER
- Je fais ce que je peux. Elle ne te plait pas mon idée ?
 
DIEU
- Non, renoncer à l’intelligence, c’est trop facile. Tu crois que je n’y ai pas déjà pensé. On risquerait de s’ennuyer comme des remords.
 
LUCIE FER
- Alors recommence et recommence encore après chaque désastre. Au moins on s'amusera.
 
DIEU
- Non ! Je ne supporterai pas un autre échec.
 
LUCIE FER
- Alors je ne peux rien faire pour toi.
 
Long silence.
 
DIEU
- Réfléchissons. (Un temps) Si je veux garder l'intelligence, sans menacer la nature, tout en gardant l'un et l'autre, c'est très simple, il faut que l'intelligence se passe de la nature. Il faut qu'elle se définisse autrement.
 
LUCIE FER
- Après tout, la nature se passe bien de l'intelligence.
 
DIEU
- Très juste. Seulement pour en faire de même, il faudrait d'abord que l'intelligence puisse être sans naître. Et puis, il faudrait qu'elle soit autonome, un peu comme une plante, tu vois, mais sans faire d'échange avec le milieu vivant extérieur.
 
LUCIE FER
- Un peu comme un caillou quoi.
 
DIEU
- Comme un caillou. (Court silence) Mais tu sais que ce n’est pas idiot ça.
 
LUCIE FER
- Quoi ? Qu’est ce que j’ai dit ?
 
DIEU
- C’est même lumineux comme idée.
 
LUCIE FER
- Oulala ! Il me fait peur quand il dit ça.
 
DIEU
- Mais oui ! Bien sûr ! Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? C’est évident. Elle est là, la solution. Elle est là; dans l’intelligence minérale ! Ah ! Ah ! Dans mes bras Lucie Fer ! Dans mes bras ! Il faut que je t’embrasse. Tu es géniale !
 
Dieu serre Lucie Fer dans ses bras et tente de l’embrasser, mais elle le repousse.
 
LUCIE FER
- Ola. Attends. Qu’est ce que tu me racontes. Tu veux m’embrasser ? Moi ? Lucifer, Le Diable, Satan, Belle Zébuth et compagnie. Moi, l’être le plus malfaisant que l’on puisse croiser dans l’Univers ? C’est louche ça.
 
DIEU
- Ben non. Qu’est ce qu’il y a ? Je suis content, voilà tout.
 
LUCIE FER
- Regarde-moi dans les yeux. Ouvre la bouche. Fais-moi Ah. Mouais, tout est apparemment normal. Aurais-tu mangé de la vache folle, ces derniers temps ?
 
DIEU
- Non, bien sûr.

LUCIE FER
- Alors tu peux m’embrasser.
 
Lucie Fer ferme ses yeux et tend sa bouche, mais Dieu l’embrasse sur les joues.
 
LUCIE FER
- Ah ! C’est tout.
 
DIEU
- Qu’est ce que tu croyais ?
 
LUCIE FER
- Oh ! Rien. Une petite lueur ?
 
DIEU
- Bon. Eh bien moi, j’ai du pain sur la planche. Au travail. Alors, de quoi ai-je besoin ? D’abord d’un gros caillou. Lucifer, tu peux me trouver ça ?
 
LUCIE FER
- Evidemment ! Enfin ! Mais je veux d’abord savoir pour quoi faire.
 
DIEU
- C’est une surprise. Tu le sauras bien assez tôt. Je ne veux pas que tu mettes encore ton nez dans ma création. Sait-on jamais ce que tu pourrais encore trafiquer. (Il va au pied de l’échelle tout en parlant) D’ailleurs, je vais tout concevoir et réaliser dans mon laboratoire secret du Paradis. J’ai besoin d’un endroit complètement aseptisé de toute contamination diabolique. (Il commence à monter)
 
LUCIE FER
- Merci pour ta générosité. Enfin, c’est quand même mon idée à la base. Non ?
 
DIEU
- Justement, raison de plus.
 
LUCIE FER
- C’est pas juste.
 
Dieu s’arrête au milieu de l’échelle.
 
DIEU
- Allez, arrête de discuter. Je t’ai dit non, c’est non. Va me chercher un gros caillou.
 
LUCIE FER
- Tu veux quoi ?
 
DIEU
- Un bloc de graphite pur fera très bien mon affaire.
 
LUCIE FER
- Rien que ça. Non mais tu ne veux pas du diamant, des fois.
 
DIEU
- Du diamant, c’est une excellente suggestion. Va pour le diamant. (Il disparaît)
 
LUCIE FER
- J’aurais mieux fait de me taire. (Elle farfouille) De quelle couleur le diamant ?
 
DIEU
- (En coulisse) Noir avec des reflets bleus si possible.
 
LUCIE FER
- Et tu le veux pur et sans défaut, j’imagine !
 
DIEU
- (En coulisse) C’est une évidence.

LUCIE FER
- (Ironique) Comme c’est facile. (Elle farfouille) Noir avec des reflets bleus, mais il se moque de moi. Si ça se trouve, ça n’existe même pas. Ah ben si tiens, en voilà. Mais est-ce qu’ils sont purs ? Voyons l’étiquette: Diamant brut garanti sans impureté et sans défaut cristallin, couleur bleu nuit, origine mine de Magmalava, planète Pluton. Bon ça devrait lui convenir. Eh ! Jéhovah, j’ai trouvé ! Tu veux un morceau de quelle taille !
 
DIEU
- (En coulisse) Deux mètres cubes à peu près !
 
LUCIE FER
- Deux mètres cubes ! Il veut un diamant de deux mètres cubes, noir avec des reflets bleus, pur et sans défaut ! Il est fou ! Je ne vais jamais trouver un truc pareil ! Je me damne si ça existe. (Elle fouille) Je me damne ! Il y en a un. Alors là, chapeau, la richesse de l’Univers n’en finira jamais de me surprendre. (Elle le prend et l’amène sous l’échelle) Jéhovah ! Ca y est, je l’ai ! Tu n’as pas intérêt à te rater parce que c’est un exemplaire unique.
 
DIEU
- (En coulisse) Dieu ne rate jamais !
 
LUCIE FER
- Ca reste à voir.
 
DIEU
- (En coulisse) Trouve moi maintenant une masse et une barre à mine. Dans toute ta pagaille, tu dois bien avoir cela.
 
LUCIE FER
- (Cherchant le matériel demandé tout en grommelant) Pagaille ! Pagaille ! J'aimerais bien l'y voir, moi, s'il n'avait pas sa femme pour ranger ses affaires. Non mais, pour qui il se prend. (Un temps, puis elle revient en direction de l’échelle) Ca y est, j'ai ce qu'il te faut.
 
Lucie Fer reçoit en guise de réponse une corde sur la tête.
 
LUCIE FER
- Non mais ça ne va pas ? Ce sont des manières, ça ?
 
DIEU
- (En coulisse) Tais-toi donc et accroche tout à la corde.
 
Lucie Fer s'exécute et Dieu tire la corde.
 
DIEU
- Merci ! Hé ! Hé ! Hé !

LUCIE FER
- Mais qu'est ce qu'il fabrique ?
 
On entend le choc de la masse sur la barre à mine. Des éclats tombent sur la tête de Lucie Fer.
 
LUCIE FER
- Oh ! Eh ! Là haut ! As-tu fini de me bazarder tes morceaux de Paradis sur le coin de la gueule ?!
 
On entend un hurlement, et Dieu descend à toute vitesse.
 
DIEU
- Oulala ! Que ça fait mal ! Ouille ! Ouille ! Ouille !
 
LUCIE FER
- Je croyais que Dieu ne ratait jamais.
 
DIEU
- Oh ! Toi, ça va ! Hein !
 
Dieu extirpe d'une caisse plusieurs bâtons de dynamite et un casque de chantier dont il se coiffe. Il remonte ensuite rapidement à l'échelle.
 
LUCIE FER
- (Elle crie) Eh ! Attends, Jéhovah ! Attends ! (Dieu disparaît) Tous à couvert ! Le ciel va nous tomber sur la tête ! Et Dieu avec ! (Elle plonge dans la marmite)
 
Il se produit une violente explosion. Des blocs de pierre et le casque de Dieu tombent et rebondissent sur la scène, accompagnés d'un nuage de fumée.
 
LUCIE FER
- C'était des mèches courtes.
 
DIEU
- Diablerie ! (Il dégringole de l'échelle, la tête toute noire et les vêtements en lambeaux et couverts de poussière) Tu n'aurais pas pu le dire plus tôt, espèce d'ahurie satanisée. Dieu est éternel, d’accord, mais pas ses fringues. Non mais tu as vu ça. J’ai l’air fin maintenant. Et qu’est ce que je vais dire à ma femme.
 
LUCIE FER
- Tu n’as qu’à lui dire que tu lances une nouvelle mode.
 
DIEU
- C’est ça, bonne idée. Elle va me flanquer une bonne torgnole, oui.
 
LUCIE FER
- Oh. Marie n'est pas comme cela tout de même.
 
DIEU
- On voit que tu ne la connais pas. C'est une maniaque de la propreté. Avec elle il faut toujours que tout soit immaculé. Je ne la supporte plus, et je me demande ce qui me retient de m'en débarrasser.

LUCIE FER
- Rien.
 
DIEU
- C'est vrai ça ! Elle ne me sert à rien. Elle ne m'apporte que des problèmes. Allez ouste ! Je la jette. Jésus aussi commence à me fatiguer. Dehors également. De l'air ! De l'air ! Tiens, tant que j'y suis, je vais même licencier tous les autres: Gabriel, Saint Pierre, les Apôtres, la police, les militaires. Tous !
 
LUCIE FER
- Mais tu as perdu la raison. Comment allons-nous faire sans eux pour administrer l'Univers ? Et tu crois que c’est moi qui vais te laver les nuages, astiquer les étoiles et repasser les anneaux de Saturne ?
 
DIEU
- Ne t'inquiète pas, grâce à ma nouvelle création nous n'aurons plus jamais besoin ni de bureaucrates, ni de police, ni d'armée, ni de rien d'autre. Alors pourquoi s'encombrer ? Je te laisse prévenir tout le monde. Tu n'as que ça à faire.
 
LUCIE FER
- Ca risque de ne pas être très apprécié. Surtout si c'est moi qui m'en charge.
 
DIEU
- Je n'en ai cure ! Débrouille-toi. Je ne peux pas m'en occuper maintenant. Il faut que je finisse mon oeuvre. Au fait, où sont les ciseaux de sculpteur et le marteau ?
 
LUCIE FER
- Là bas, prés de la chaudière.
 
DIEU
- Ah oui.
 
Dieu va les chercher, puis revient au pied de l'échelle pour remonter.
 
DIEU
- Ah ! Ah ! Vous allez voir, ce que vous allez voir. Vous avez devant vous le Michel Ange de l'Au-delà.
 
LUCIE FER
- Mais par l'Enfer mon chez-moi, peut-on savoir ce que tu traficotes encore ?
 
DIEU
- Ah ! Ah ! Tu verras bien. Je ne dis rien, secret divin. Mais sois tranquille, tu me connais, ce sera génial, comme d'habitude. (Il disparaît au Paradis)
 
LUCIE FER
- C'est bien ce qui m'inquiète. La dernière fois qu'il a été génial, vous avez vu ce que ça a donné. Je trouve tout cela un peu louche, et je ne n’étais pas le Diable, je dirais que ça sent le roussi. J'ai l'impression que l'apocalypse n'a pas fait seulement des dégâts dans le système solaire. (Elle sort par l'entrée du théâtre)

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