15 décembre 2011

ACTE 2, Scène 3

DIEU
- Mademoiselle, veuillez lever la main droite et jurer devant moi que vous direz toute la vérité et rien que la vérité.
 
LA NATURE
- Je le jure
 
DIEU
- Mademoiselle, la cour vous écoute.
 
LA NATURE
- Avant, tout allait bien. Les forces du ciel et de la terre n'étaient pas toujours tendres avec moi, mais avec de la patience et de la persévérance, j'arrivais à m'en sortir. Je travaillais dur, jour et nuit. Je diversifiais mon allure et mes activités. J'usais de trésors d'ingéniosité, pour parvenir, envers et contre tout, à m'adapter. Et j'y réussissais. Et puis un matin, le Monde se réveilla avec une créature de plus, une créature de trop. (Un temps). Nous étions à l'aube de l'humanité, au début d'un interminable cauchemar. (Un temps). L'homme a fait de ma vie un véritable enfer. Il a commencé par... (Elle soupire). Oh mon Dieu ! (Des larmes coulent le long de ses joues).
 
DIEU
- Je vous en prie.
 
LA NATURE
- Il m'a humiliée. Il m'a torturée. Il m'a... (Elle éclate en sanglots).
 
DIEU
- (Après un temps) Continuez s'il vous plaît. Je sais que c'est une épreuve terrible pour vous, mais votre témoignage nous est capital.
 
LA NATURE
- Oui, bien sûr. (Un temps). Alors, il m'a empoisonnée, brûlée, tabassée, charcutée, greffée, amputée, il m'a même manipulée salement, m'obligeant à faire des choses... (Elle étouffe un soupir). Des choses, Seigneur. (Elle éclate de nouveau en sanglots).
 
DIEU
- De grâce, ne pleurez point.
 
LA NATURE
- Votre honneur ! J'ai été violée ! (Elle sanglote).
 
DIEU
- Ame de science, reconnaissez vous les faits et forfaits dont cette personne vous accuse ?
 
Silence.
 
L'AME DE SCIENCE
- Oui.
 
DIEU
- Ah ! Vous avouez !
 
L'AME DE SCIENCE
- Oui. Mais nous n'étions pas tout seul.
 
DIEU
- Qui donc était avec vous ?
 
L'AME DE SCIENCE
- Tout le monde. Les consommateurs inconscients et leurrés, les investisseurs cupides et malhonnêtes, les hommes politiques qui nous manipulaient, les ...
 
L'AME POLITIQUE
- Diffamation ! Nous n'avons rien à voir la dedans !
 
LA NATURE
- Mon Dieu.
 
L'AME DE SCIENCE
- C'est elle ! C'est cette âme qui nous a obligées à faire toutes ces choses abominables !
 
L'AME POLITIQUE
- Enfin, âme de science, reprenez vous. Vous ne savez plus ce que vous dites. La peur de l'Enfer vous serre les entrailles. Vous perdez la raison. Vous ne voyez pas que cette femme ment ? C'est une évidence ! Enfin, ne nous compromettez pas à cause de cette traînée ! Elle est prête à dire n'importe quoi ! Nous ne connaissons même pas son identité.
 
DIEU
- Greffier, dites moi, qui est cette âme grossière ?
 
SAINT PIERRE
- Je vais consulter sur-le-champ le Fichier Universel. (Des pages de texte défilent sur l'écran) Mm. Je m'en doutais, c'est une âme politique.
 
DIEU
- Très bien, qu'y a-t-il dans son dossier ?
 
SAINT PIERRE
- Abus de pouvoir, détournement de bonnes actions, manipulation de populations, corruption, délit d'initié, spéculations, fausses factures, argent sale, idolâtrie matérialiste et mondialisatrice...
 
DIEU
- Ca me suffira Saint Pierre, je vous remercie. Evidemment, âme politique, il fallait bien s'y attendre, vous avez été si loin dans le viol et la destruction, que vous n'êtes même plus capable de reconnaître votre principale victime.
 
L'AME POLITIQUE
- Mais enfin, puisque je vous dis que je n'ai pas l'honneur de connaître mademoiselle ! Je ne l'ai jamais vu de ma vie ! Je vous l'assure.

DIEU
- Eh, bien. Si ce que vous dites est exact, vous êtes un cas désespéré. Il est certain que ce n'est pas derrière un tas de statistiques économiques ou du haut d'un avion supersonique que vous pouviez en voir grand chose.
 
L'AME POLITIQUE
- Foutaise !
 
DIEU
- Vous prétendez ne pas connaître cette personne. Et vous Mademoiselle reconnaissez vous cette âme?
 
LA NATURE
- Hélas, oui.
 
DIEU
- Est-ce bien l'un de vos agresseurs ?
 
LA NATURE
- Oui.
 
DIEU
- En êtes vous sûr ? Prenez tout votre temps, l'éternité s'il le faut.
 
LA NATURE
- J'en suis certaine. C'est bien elle. Et elle, là bas (elle montre l'âme de science) c'est une de ses complices, comme tous ces gens qui nous regardent. Ils étaient une armée à me tourmenter. Tous les hommes sont complices. Ils se sont tous ligués contre moi. Mon Dieu. (Elle sanglote). Tous contre moi. Pourquoi ? Que leur ai je fait pour mériter ça ?
 
L'AME POLITIQUE
- Vous n'allez tout de même pas croire cette monstruosité abjecte !
 
LA NATURE
- (Elle hurle). Une monstruosité ! Vous voyez, c'est tout ce que je suis maintenant pour eux (Elle sanglote) Une monstruosité. C'est trop injuste.
 
DIEU
- Cette monstruosité, âme, est ce que vous en avez fait. Elle est votre oeuvre, le miroir de votre société, ou plutôt son négatif. Pourtant cette frêle demoiselle, si affreusement laide et mutilée, autrefois était belle et féconde. Elle régnait sur le monde réel comme extension de mes conceptions spirituelles. Et elle régnait surtout parce qu'elle était ce tout. Les montagnes, les vallées et les plaines c'était elle. Les fleuves, les lacs et les mers c'était elle. Toute la diversité, la dynamique et l'équilibre du vivant c'était elle. Elle était votre mère à tous: la nature dans tout ce qu'elle a de complexe, de cruel et de beau. A votre naissance, elle vous a nourris, elle vous a aimés, et elle vous a élevés. Elle vous a donné tout ce qu'elle avait pour permettre à votre intelligence de se développer. Comme toute bonne mère, elle espérait qu'un jour, enfin parvenus à l'âge adulte, vous seriez capables d'oeuvrer en symbiose avec elle afin de donner une petite touche personnelle et originale à l'harmonie naturelle du monde. Certes vous avez grandi. Mais vous n'avez rien compris. Vous n'avez rien écouté. Et voyez maintenant où a mené votre petite touche personnelle (Il montre la jeune fille). Quel sens de l'harmonie ! L'art du désastre, oui ! Loin de reconnaître la nature comme votre mère, loin de respecter sa sagesse, vous l'avez maltraitée de toutes les façons avant de l'assassiner ! Vous vous êtes comportés comme de vrais sauvages. Non, pire, comme de simples humains. Vous êtes un fléau.
 
L'AME POLITIQUE
- Objection votre honneur !
 
TERMINAL SAINT PIERRE
- Objection accordée !
 
L'AME POLITIQUE
- Au nom de l'humanité, j'ai le regret de vous dire que tout ce que vous avancez n'est que pure fiction.
 
DIEU
- Plaît-il ? Vous vous moquez de moi ?!
 
L'AME POLITIQUE
- Ce n'est pas l'homme qui a refusé de coopérer avec la nature, c'est la nature qui a refusé de se plier à l'homme. Le fléau, c'est elle ! Elle n'a eu que ce qu'elle méritait.
 
LA NATURE
- Comment osez vous, après tout ce que vous m'avez fait ? (Elle éclate en sanglots)
 
DIEU
- Gabriel, un verre d'eau vite. J'étouffe !
 
Gabriel s'exécute promptement. Dieu boit.
 
L'AME POLITIQUE
- Tout est écrit là. (Il sort un livre). Ancien Testament, Genèse, chapitre un, verset 26 : "Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre." Plus loin, je lis ces paroles de Dieu s'adressant à l'homme et à la femme: "Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre". Plus loin encore, au chapitre 9, verset 2, je lis ces mots prononcés à Noé et à ses fils: "Vous serez un sujet de crainte et d'effroi pour tout animal sur la terre, pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et tous les poissons de la mer: ils sont livrés entre vos mains" Vous voyez, on ne peut être plus clair, la nature a bien été créée pour servir les hommes. Ce n'est pas moi qui l'invente. C'est vous qui le dites. C'est dans les textes.
 
DIEU
- Dans les textes ! Quels textes ? Gabriel, apportez moi ça !
 
Gabriel se déplace pour aller retirer le livre des mains de l'âme politique.
 
DIEU
- Qu'est ce ?
 
GABRIEL
- La bible.
DIEU
- La bible. (Il la feuillette) Tiens, intéressant, on parle beaucoup de moi là dedans. C'est d'une imagination fertile. Il y a de belles histoires et de bons proverbes, mais toutes les paroles que l'on me prête sont fausses. Saint Pierre, connaissez vous l'auteur de cet ouvrage ?
 
L'AME POLITIQUE
- Mais vous vous moquez de nous ! L'auteur, c'est vous !
 
DIEU
- Vous m'excuserez, mais j'ai beau regarder ce livre sous toutes ses phrases et derrière toutes ses virgules, je ne trouve pas la signature de l'auteur.
 
SAINT PIERRE
- C'est normal, c'est un collectif anonyme mésopotamien.
 
DIEU
- Ah ! Vous voyez. Je garde ce document, pièce à conviction.
 
L'AME POLITIQUE
- Quelle hypocrisie ! C'est déconcertant. Vous allez jusqu'à nier les saintes écritures pour couvrir vos erreurs.
 
DIEU
- Selon vous, j'aurais commis des erreurs. Lesquelles ?
 
L'AME POLITIQUE
- La première, c'est de nous avoir chassé du jardin d'Eden.
 
DIEU
- Mais je n'ai chassé personne. C'est en accédant à la connaissance que vous avez perdu l'Eden. Je n'ai rien fait. L'Eden a toujours été là, c'est vous qui ne saviez plus le voir.
 
L'AME POLITIQUE
- Mais pourquoi le monde était-il si dur ? Si la nature n'avait pas été aussi agressive, nous n'aurions jamais été obligés de la corriger. Nous ne nous serions pas éloignés de l'Eden. Ce n'était pas notre faute. Il nous fallait bien survivre. Et cela n'a pas été facile, croyez moi. Nous avons travaillé d'arrache-pied pour parfaire le monde, pour exterminer tous les nuisibles et éliminer les inutiles, pour garder le beau, et transformer le laid, pour nettoyer les forêts et assainir les marais.
 
DIEU
- Vous vous trompez. Le monde n'était pas dur. Il était juste. Mais parce que vous n'avez pas su rester sobre, le monde est devenu difficile. Moins il y a d'obstacles, plus il y a d'obstacles, tel est le sort des éternels insatisfaits. Et il arrive un moment où il n'y a plus rien. Vous avez voulu tutoyer Dieu, en jouant avec sa matière. C'est ce qui vous a perdu.
 
L'AME POLITIQUE
- Mais alors pourquoi nous avoir donné le fer, le charbon, le pétrole et l'atome ?
 
DIEU
- Je ne vous ai rien donné. Vous vous êtes servis, sans vous poser de question, sans rien demander à personne, et pour répandre le mal sur toute la Terre.
 
L'AME POLITIQUE
- Objection ! Je veux bien admettre que nous soyons allés trop loin, mais reconnaissez au moins qu'il n'y a pas que du mal dans l'humanité. Certes nous avons quelque peu malmené la planète, et je le déplore, mais c'était pour le bien de l'homme, votre plus brillante créature. Auriez vous préféré que nous soyons restés à jamais dans la misère physique et dans la pauvreté intellectuelle des papous de Nouvelle Guinée ? D'ailleurs, leur respect pour la nature n'est qu'une illusion. Il n'est que la traduction d'un manque patent de moyen pour en venir à bout. Tôt ou tard, même les civilisations les plus primitives auraient mis la nature au pas, de la même façon que les polynésiens de l'Ile de Pâques ont détruit leur île avant de se détruire eux même. Mais au moins auront-ils, érigé, ces monuments de pierre qui font l'admiration de tous. Puisque le désastre était inéluctable, nous en avons profité pour bâtir de grandes civilisations, pour construire de resplendissantes cités, pour inventer la télévision, l'avion et l'automobile, ou encore pour marcher sur Mars et sur la Lune. N'est ce pas fantastique ! Quelle formidable aventure que l'aventure humaine. Bien sûr, toute aventure comporte des risques, mais nous les avons assumés, et en quelques centaines de milliers d'années nous avons réussi à créer plus de merveilles que la nature en aura été capable depuis la naissance de la terre ! Vous ne croyez pas que la richesse de la culture humaine valait bien toute la biodiversité du monde ?
 
DIEU
- Non. Tant qu'il n'y avait pas d'équilibre.
 
L'AME POLITIQUE
- Mais l'équilibre avec la nature, c'est la mort de la civilisation !
 
DIEU
- La civilisation, est un superflu intolérable s'il faut pour cela asservir tout un peuple et anéantir toute une création. Mais vous n'avez même pas essayé de chercher un compromis.
 
L'AME POLITIQUE
- C'est faux ! Car bien conscient de nos erreurs premières, nous avons mis en place une multitude de parcs nationaux et de réserves pour protéger la nature.
 
DIEU
- Je suppose que vous faîtes allusion à ces reliquats inexploitables de nature vierge, qui une fois aseptisés et sécurisés se sont transformés en laboratoires, ou pire, en centres de loisirs et en terrains de jeux pour citadins en mal de verdure. Essayez vous de me faire croire que vous avez des circonstances atténuantes ? Mais vous ne vous souciez de dame nature que pour l'exhiber salement en public, comme dans une foire. Elle n'a d'intérêt pour vous que dans sa dimension économique. Si elle ne vous rapporte rien, vous l'exterminez sans aucune pitié. Vous n'aviez pas compris que ce n'est pas en parquant la nature que vous résoudriez votre vieux conflit avec elle ?
 
L'AME POLITIQUE
- Y avait-il d'autres solutions que la ségrégation ?
 
DIEU
- Oui, changer de philosophie, orienter le progrès non plus vers l'accumulation de biens matériels mais vers le développement de l'Esprit, construire une civilisation du savoir et non de l'avoir, faire la part du nécessaire et celle du superflu. Dématérialiser votre économie et votre vie.
 
L'AME POLITIQUE
- Dématérialiser notre vie et notre économie. Et pourquoi pas la décroissance tant que vous y êtes. Mais vous rêvez. Changer aussi radicalement de cap, mais vous réalisez ? Avez vous une idée du coût que cela représente ?
 
DIEU
- Le coût ? Mais vous n'aviez pas compris que l'avenir du monde n'avait pas de prix ? Je vous croyais intelligent et mature. Je vous croyais généreux aussi. J'étais persuadé que vous seriez capable de bâtir un monde nouveau où la nature et l'intelligence s'inspireraient l'une de l'autre pour se sublimer. Par vos paroles vous venez une fois de plus de me démontrer le contraire.
 
L'AME DESHERITEE
- (Vêtue de haillons, elle se lève parmi les spectateurs). Objection votre honneur !
 
L'AME POLITIQUE
- Il ne manquait plus que celle là.
 
SAINT PIERRE
- Accordée !
 
L'AME DESHERITEE
- Ce n'est pas juste ce que vous dites. Moi, dans la vie, je n'ai jamais rien possédé d'autre que le lourd fardeau de la misère, avant que la mort ne m'en sépare.
 
DIEU
- (A voix basse, à Saint Pierre). Qui est-ce ?
 
SAINT PIERRE
- (Après avoir fait défilé rapidement quelques images de texte à l'écran). Une âme déshéritée.
 
DIEU
- Bien. La cour vous écoute, âme déshéritée.
 
L'AME DESHERITEE
- Moi, je n'ai jamais spéculé et le matérialisme a été mon enfer. J'ai passé ma vie à être exploitée par les autres. Je ne veux pas payer pour mes bourreaux. Je suis innocente, je suis une victime.
 
L'AME POLITIQUE
- Rien ne serait arrivé si vous n’aviez pas refusé de travailler avec nous. Les hommes ne doivent-ils pas s'entraider ?
 
L'AME DESHERITEE
- Vous êtes odieux.
 
L'AME POLITIQUE
- Je ne dis que la vérité.
 
L'AME DESHERITEE
- Nous étions devenus vos esclaves ! Vous appelez ça de l'entraide, vous ?
 
L'AME POLITIQUE
- Mensonges ! Ce ne sont que mensonges une fois de plus !
 
L'AME DESHERITEE
- Et le massacre de la nature ?
 
L'AME POLITIQUE
- La nature n'a eu que ce qu'elle méritait. Le jardin d'Eden, ce n'est pas la jungle ! C'est son refus d'obtempérer qui l'a perdue. Nous ne sommes pas responsables.
 
DIEU
- Vous plaidez non coupable ?
 
L'AME POLITIQUE
- Je plaide non coupable pour les crimes commis contre la nature, oui. De même, je plaide non coupable pour l'abus de pouvoir sur les plus démunis.
 
L'AME DESHERITEE
- Vous êtes abjects ?
 
L'AME POLITIQUE
- Je suis innocent !
 
L'AME DESHERITEE
- Assassin !
 
L'AME POLITIQUE
- Calomnie !
 
L'AME DESHERITEE
- Vampire !
 
L'AME POLITIQUE
- Parasite !
 
L'AME DESHERITEE
- (Elle se rue sur l'âme Politique) Je vais l'exterminer !
 
L'AME POLITIQUE
- (Il sort une bouteille d'insecticide sous pression) Prends garde ! Je suis armée !
 
DIEU
- (Il hurle). Ah ! Assez ! Vous n'allez pas remettre ça chez moi ! Gardes, saisissez-vous d'eux !
 
Sans attendre, les anges gardiens s'emparent des deux âmes et les mènent devant Dieu.
 
DIEU
- Sachez qu'il n'y a pas de victime. Vous êtes tous responsables. Que l'on vous donne l'argent et le pouvoir, et du plus humble des esclaves, vous devenez le pire des despotes. Vous êtes comme une colonie de bactéries, au régime vous êtes inoffensifs, mais il suffit de vous poser sur du sucre et c'est la catastrophe. Vous n'avez jamais regardé ce qui se passe dans une boite de Pétri lorsqu'il n'y a plus de substrat glucosé ? Vous auriez du, cela vous aurait évité d’aboutir au désastre. Car si vous aviez jeté un coup d’oeil, vous vous seriez aperçu que tout ce qui est dedans crève ou se cannibalise. Trois milliards d'année d'évolution pour rien. L'homme est demeuré aussi idiot qu'une stromatolitheenfermée dans une boite. Devant cet échec cuisant, je suis porté à croire, que j'aurais du arrêter l'expérience au stade des microbes. Seulement moi aussi j'y ai cru en la grandeur de votre âme. Je me suis dit, ce n'est pas grave, ils sont encore jeunes, ils ont besoin d'apprendre, ils font des bêtises mais la nature est généreuse et immense, ils se calmeront et ils répareront leurs erreurs. Je me disais, tout de même, tout ce que font ces humains est extraordinaire, quelle imagination, quel génie. J'étais fasciné par vous; le père en extase devant ses enfants. Mais je regardais aussi la nature, votre jeune mère. Et ce que je voyais ne cessait de m'effrayer. Comme elle était belle et riche, mais comme elle était soucieuse et angoissée aussi. Elle me demandait, jusqu'où vont aller ces hommes que tu m'as fait ? Te rends-tu compte que chaque chose qu'il font, aussi grande soit elle, se fait au détriment de moi même ? Ne vois tu pas comme ils me rongent ? Je lui répondis, tout va bien se passer, nous allons être plus sévères. De carottes il n'y aura plus. Mais les carottes ils s'en moquaient depuis longtemps. Nous avions beau faire, ils étaient décidés à devenir maîtres du monde. Je me disais alors, si c'est le prix à payer pour élever l'Esprit de l'homme, soit, laissons les aller. Mais l'esprit de l'homme s'est égaré. Guidé par l’étoile des bergers de la finance, il s'est englouti tout entier dans les sables du désert matérialiste. Je consomme donc je suis, tel était pour lui le sens de la vie. L'homme a consommé, et la Terre s'est consumée. Ce fût l'apocalypse. (Court silence) Vous avez commis deux erreurs impardonnables. (Un temps) La première, s'est d'avoir voulu donner un sens à votre vie, alors qu'il fallait donner un sens à votre esprit. (Un temps) Et la seconde, c'est de ne pas avoir saisi qu'il n'y a d'éthique que celle du vivant et de ses nécessités. (Long silence). Accusé, avez vous quelque chose à ajouter pour votre défense ?
 
Silence général.
 
DIEU
- Bien, alors le jury se retire pour délibérer. La séance est close. Quant à vous deux, vous allez me faire le plaisir de disparaître. Gabriel !
 
GABRIEL
- (Il entre en courant, accompagné de deux anges policiers) Vous m'avez demandé patron ?
 
DIEU
- Oui Gabriel. Envoyez-moi ces deux là faire un tour au Club Lucifer.
 
GABRIEL
- Avec plaisir, patron.
 
Ils saisissent les deux âmes et les emmènent vers le puits de l'Enfers.
 
L'AME DESHERITEE
- Ne me touchez pas ! Je n'ai rien fait ! Je suis innocente !
 
L'AME POLITIQUE
- Ordure! Crevure ! Levure ! Un avocat ! J'exige un avocat ! Lâchez-moi ! Vous n'avez même pas de témoins !
 
DIEU
- Et que faites-vous des témoins de Jéhovah ?
 
L'AME POLITIQUE
- Que ...
 
DIEU
(en sortant)
- Allez jetez-moi ça !
 
Gabriel et les anges policiers jettent les deux âmes en enfer et sortent. Les écrans des douze ordinateurs s'éteignent. La scène retourne à l'obscurité.
Après quelques instants de silence, Jésus Christ apparaît, jouant en soliste la musique de "l'homme à l'harmonica" d'Ennio Morricone.
Lorsque la musique est terminée, Dieu procède à l'appel. A chaque nom d'apôtre, un écran lui correspondant s'allume.
 
DIEU
- Saint Pierre.
 
SAINT PIERRE
- Coupable !
 
DIEU
- Saint André.
 
SAINT ANDRE
- Coupable !
 
DIEU
- Saint Jacques le Majeur.
 
SAINT JACQUES LE MAJEUR
- Coupable !
 
DIEU
- Saint Jacques le Mineur.
 
SAINT JACQUES LE MINEUR
- Ouais. C'est ça, coupable !
 
DIEU
- Saint Jean L'évangéliste.
 
 
SAINT JEAN L'EVANGELISTE
- Coupable !
 
DIEU
- Saint Philippe.
 
SAINT PHILIPPE
- Coupable !
 
DIEU
- Saint Matthieu.
 
SAINT MATTHIEU
- Coupable !
 
DIEU
- Saint Barthélemy.
 
SAINT BARTHELEMY
- Coupable !
 
DIEU
- Saint Thomas.
 
SAINT THOMAS
- Coupable !
 
DIEU
- Simon le Zélote.
 
SIMON LE ZELOTE
- Coupable !
 
DIEU
- Thaddéé.
 
THADDEE
- Coupable !
 
DIEU
- Judas.
 
Pas de réponse, l'ordinateur reste éteint.
 
DIEU
- Judas ?
 
Pas de réponse, l'ordinateur reste éteint.
 
DIEU
- Mais où est-il encore passé celui là ?! Judas !
 
L'ordinateur Judas s'allume enfin
 
JUDAS
- Ouais, ça va, criez pas, Seigneur, je suis là !
 
DIEU
- Votre verdict Judas ?
 
JUDAS
- Non coupable !
 
DIEU
- Comment ?
 
JUDAS
- Non coupable !
 
DIEU
- Alors, toi, tu ne peux jamais te programmer comme tout le monde !
 
JUDAS
- Eh …
 
DIEU
- (Il se tourne vers le public) Accusés levez-vous ! (Le public met un certain temps à réagir, et Dieu insiste plus sèchement). Accusés, je vous demande de bien vouloir vous lever, la cour de justice divine va rendre son verdict. (Lorsque le public s'est décidé enfin, sous l'insistance de Dieu et de ses anges gardiens). Humanité ! Au nom du Père, du fils et du Saint Esprit, après délibération, et à l'unanimité, ou presque, la Cour vous reconnaît coupable du génocide de l'intelligence, et de vol, viol, torture et crime contre la nature. La sentence est l'Enfer éternel. (Un temps). L'audience est levée.
 
On commence à faire sortir les spectateurs. Les douze apôtres s'éteignent. Dieu reste tout seul sur scène. Il sort un téléphone et compose un numéro.
 
DIEU
- Allô ! Bonjour mademoiselle Bernadette. Pourriez vous me passer les Enfers s'il vous plaît ? Merci. (Il attend) Comment ça, ils ne répondent pas ! Insistez je vous en prie. C'est important. J'attends.
 
Les spectateurs finissent de sortir.

 

 

 

 

 

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